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Or blanc des Cévennes

L’or blanc des Cévennes

La sériciculture et la bourse aux cocons.

On évoque souvent les filatures, ces impressionnants bâtiments aux noms évocateurs, comme la filature Lyon-Cévennes, pour leur architecture spectaculaire, leur technologie sophistiquée et le bassin d’emploi qu’elles faisaient vivre.

Leur activité consistait essentiellement à dérouler le fil des cocons pour en obtenir la soie brute, avant que le tissage et la fabrication des étoffes ne soient réalisés à Lyon ou dans d’autres grands centres textiles.

Il faut dire qu’avec Claude Anselme, fier de sa parenté avec Rachel Cabane, nous avons chez nous un ambassadeur passionné pour rappeler que son ancêtre s’était rendue à l’Assemblée nationale, accompagnée du député cigalois Pierre Bourguet, afin d’y dénoncer les rudes conditions de travail et, d’une certaine manière, de poser les premières pierres de ce qui deviendra bien plus tard la semaine de 39 heures.

Mais se concentrer uniquement sur ces grandes filatures revient sans doute à oublier que la véritable richesse, ce fameux « or blanc », se trouvait aussi ailleurs. On parle même d’une bourse aux cocons à Saint-Hippolyte.

Certains la situent dans les halles de l’hôtel de ville. Pourtant, sachant que la Maison commune, ancêtre de l’actuelle mairie, n’en occupait alors qu’un tiers de la surface, on peut se demander où se tenait réellement cette bourse. Peut-être près du café qui porta longtemps le nom de Grand Café de la Bourse ? On peut même supposer qu’avant de devenir l’Hôtel du Cheval Blanc, cet établissement abritait ladite bourse aux cocons.

Si les archives ne disent pas tout, les visages des anciens cigalois photographiés, souvent graves et modestes, parlent à leur manière. Aucun ne semble avoir tiré une grande fortune de la sériciculture. Il est probable que ce commerce ait surtout profité aux cadres locaux, négociants, entrepreneurs ou propriétaires d’ateliers, plus qu’à la masse des travailleurs.

Mais pour beaucoup de familles, cette industrie représentait malgré tout une aubaine. Les revenus étaient maigres, certes, mais ils complétaient utilement ceux de la terre et permettaient de vivre un peu mieux. En somme, la soie ne fit pas de riches, mais elle évita bien des misères – chiche, sans doute, mais mieux valait cela que rien du tout.

La valeur de ces cocons aurait été telle qu’elle suscita un véritable engouement. D’un côté, elle alimentait une industrie en plein essor ; de l’autre, elle incitait de nombreux habitants à transformer leur grenier en magnanerie domestique. Selon Claude, ces maisons se reconnaissent encore aujourd’hui à leurs oculi ovales, percés juste sous la marquise du toit – signe discret mais éloquent d’une activité autrefois florissante.

On peut probablement reconstituer toute une partie de l’occupation des sols en fonction de l’emplacement des magnaneries industrielles. On sait par exemple qu’il y en avait trois en partant du pont de secours du fort « Vauban » jusqu’au Mas du Moulin Neuf, dont l’extension correspond à une ancienne magnanerie. De la même manière, il en existait au moins une en rive droite de l’Argentesse, au droit du Pavillon.

Il est en revanche difficile d’imaginer que l’hôtel Conduzorgues, au 4 rue Argenterie, ait pu réunir deux magnaneries, comme l’affirme la descendante de Jean Conduzorgues, sauf à supposer que ses façades aient été entièrement recomposées.

L’examen du parcellaire de 1812 laisse plutôt penser à la présence d’un ou deux hôtels particuliers, peut-être associés à des ateliers de confection donnant sur la rue d’Argenterie. On peut aussi envisager qu’à cette adresse se trouvait un ensemble polyvalent, un peu tout-en-un,  associant des espaces de filature, de tissage et même, dans certaines parties, la culture des vers à soie.

Cette hypothèse serait d’autant plus crédible que Saint-Hippolyte comptait alors de nombreux établissements de bonneterie, c’est-à-dire de fabrication d’articles en maille tels que bas, chaussettes, collants ou lingerie, témoignant d’un savoir-faire textile diversifié et solidement implanté.

Si l’on s’attarde un instant sur l’organisation d’une magnanerie industrielle, on constate qu’elle se composait généralement de deux niveaux.

Le rez-de-chaussée, bas de plafond, servait de réserve à bois de chauffe pour l’hiver. Au-dessus, dans un volume plus aéré, étaient installées les claies – ces étagères superposées où se déroulait l’élevage des vers à soie. Pour maintenir une température et une hygrométrie constantes, les ouvertures restaient sans doute réduites et étaient probablement munies de registres réglables permettant de doser la lumière et la ventilation.

Autant d’éléments qui rendent peu crédible l’idée qu’un bâtiment comme l’hôtel Conduzorgues, avec ses grandes baies actuelles, ait pu accueillir une véritable magnanerie, du moins sous la forme traditionnelle que l’on connaît.

Jeroen van der Goot  janvier 2026

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