Un document peu connu du grand public.
Rassurez-vous : il ne s’agit pas ici de vous présenter le programme d’une liste candidate aux prochaines élections municipales.
Je souhaite revenir sur un document peu connu du grand public, qui n’a jamais été porté à la connaissance des habitants, alors même qu’il porte sur l’ensemble du bourg. À un moment où la réflexion sur le PLU est appelée à devenir centrale dans le débat municipal à venir, il m’a semblé utile d’en proposer une relecture, non pour revenir en arrière, mais pour ouvrir une réflexion plus large.
Ce document, une feuille de route élaborée en 2018, est le fruit de plusieurs mois de collaboration entre la municipalité, ses partenaires institutionnels et une équipe pluridisciplinaire d’experts venus de Toulouse. Urbanistes, paysagistes et spécialistes des dynamiques locales ont travaillé avec des élus et des services de la commune pour analyser le centre-bourg dans son ensemble, en identifier les forces, les fragilités et les potentiels, puis formuler des orientations de travail.
Il ne s’agit donc ni d’un rapport théorique ni d’un document imposé de l’extérieur, mais bien d’un travail construit dans l’échange.
Les plans qui accompagnent cet article ne sont pas de moi. Ils sont directement extraits de cette feuille de route et donnent à voir les grandes lignes de réflexion proposées à l’époque. Le lien vers le document complet figure en bas de page pour celles et ceux qui souhaitent aller plus loin.
Pendant longtemps, j’ai simplement renvoyé vers cette feuille de route, disponible en ligne, en pensant que chacun pourrait s’en saisir. Avec le recul, je mesure mieux les limites de cette démarche. Le document est concis, technique et difficilement étudiable dans de bonnes conditions, en particulier sur téléphone.
Or un texte de ce type ne produit d’effet que s’il est compris, discuté et approprié. Sinon, il reste un document dormant, consulté par quelques-uns, ignoré par la majorité.
Le document final que nous connaissons aujourd’hui n’est qu’une synthèse de ce travail collectif. Il a été conçu comme un outil d’orientation, notamment pour appuyer des demandes de subvention. Il ne restitue ni le détail des scénarios étudiés, ni la richesse des échanges qui ont eu lieu.
Il doit donc être lu pour ce qu’il est : un document indicatif, une trame de départ, et non un projet clef en main. C’est précisément pour cette raison qu’il mérite aujourd’hui d’être investi collectivement.
Lors du conseil municipal du 17 juillet 2018, cette feuille de route est explicitement mobilisée pour appuyer une demande de financement auprès de la Région Occitanie, adoptée à l’unanimité. Elle devient alors un document de référence.
Dans le même temps, une consultation est lancée pour l’étude de l’axe Gambetta – Le Plan. Les choix opérés par la suite ont suivi leur propre trajectoire, sans que l’ensemble des préconisations proposées dans la feuille de route ne fasse l’objet d’un débat public approfondi.
Je ne reviendrai pas ici sur tout ce que j’ai déjà pu écrire à ce sujet, et qui a parfois été perçu comme polémique ou relevant d’un avis strictement personnel. Il suffit d’ailleurs de lire la feuille de route pour constater que, concernant la place du Plan et le cours Gambetta, les préconisations évoquaient la suppression du stationnement sur le Plan ainsi que le lancement d’une étude urbaine et paysagère.
Le document n’évoque en revanche nulle part la création de nouveaux stationnements sur le cours Gambetta.
Parmi les orientations figurant dans la feuille de route, celle concernant la suppression du stationnement sur le Plan est sans doute la plus sensible. C’est aussi celle qui, depuis que ce document a été porté à la connaissance du public, suscite le plus de réactions.
Il est pourtant essentiel de rappeler que les experts ne formulent jamais ce type de suggestions de manière isolée. Une telle orientation ne pouvait être envisagée qu’en contrepartie d’un ensemble de mesures destinées à en compenser les effets : organisation des circulations, localisation préférentielle des parkings à proximité immédiate, lisibilité des cheminements piétons, signalétique, temps d’accès, usages des espaces publics.
La feuille de route, par nature synthétique, ne détaille pas ces modalités. Mais le fait même que cette orientation ait été formulée implique nécessairement qu’un éventail de solutions ait été étudié et discuté dans le cadre du travail mené pendant plusieurs mois. C’est cet équilibre d’ensemble, et non une mesure isolée, qui mérite aujourd’hui d’être compris.
La feuille de route attire également l’attention sur l’importance de définir le plan de circulation pour la place du Plan et le cours Gambetta. Parallèlement, des éléments de programme très concrets, comme l’implantation des containers de déchets, n’ont pas été abordés en phase d’avant-projet.
Il est important de rappeler que la feuille de route ne se limitait pas au Plan. Elle proposait une réflexion globale sur le centre-bourg et identifiait plusieurs secteurs structurants appelant des actions spécifiques. Sept ans plus tard, on peine pourtant à retrouver la trace d’une réflexion publique sur nombre de ces sujets.
Quelles actions ont été engagées, ou même simplement envisagées, pour la rue Blanquerie lorsque la feuille de route évoquait la nécessité de « conforter l’offre commerciale » ? Quelle vision a été travaillée pour la place de la mairie ? Quelles perspectives ont été étudiées pour le secteur des casernes, identifié comme un élément structurant disposant d’un potentiel important ? Comment a-t-on accompagné les commerçants du centre-bourg ? Et qu’a-t-on imaginé pour le rond-point sur la route de Ganges afin d’inviter à s’y arrêter et d’orienter vers le coeur de ville ?
À cette liste, on peut sans doute ajouter un autre élément essentiel de la vie du centre-bourg : le marché. Il ne ressemble plus aujourd’hui à ce qu’il était encore il y a vingt ans, lorsqu’il constituait un véritable marché de village, vivant, champêtre et ancré dans son territoire.
Réfléchir à son rôle, à sa forme et à son évolution fait pleinement partie de la revitalisation du centre-bourg, au même titre que les espaces publics, les commerces ou les cheminements.
Un autre sujet, absent de la feuille de route, mérite aujourd’hui d’être pleinement intégré à la réflexion : celui de l’état inquiétant des arbres. Ces dernières années, de nombreux arbres ont été abattus – place de la Canourgue, place du 8 mai, route d’Alès, allée du Vidourle, avenue du Pradet – sans qu’un programme clair de replantation n’ait été mis en place.
En mars 2022, un diagnostic réalisé par l’ONF alertait pourtant sur l’état du patrimoine arboré et formulait plusieurs préconisations. Force est de constater que seule une part limitée de ces préconisations a été suivie d’effets.
Dans un contexte de réchauffement climatique, la question de l’ombre et de la protection solaire en général ne peut plus être considérée comme secondaire. Elle concerne directement le confort d’usage des espaces publics, l’attractivité du centre-bourg et la qualité du cadre de vie. Elle appelle une réflexion globale et un programme de renouvellement progressif des arbres à l’échelle de la commune.
Revenir aujourd’hui sur cette feuille de route ne relève donc ni de la polémique ni d’une volonté de raviver les tensions. Il s’agit de ne pas laisser se perdre un travail sérieux, mené à l’échelle de tout le bourg.
Pour cela, il est nécessaire de pouvoir reconstituer la teneur des échanges qui ont nourri cette étude : les hypothèses explorées, les arbitrages discutés, les pistes envisagées puis écartées. Non pour rouvrir des débats passés, mais pour mieux comprendre le raisonnement qui a conduit à ces orientations.
Les experts apportent une méthode et un regard extérieur, mais ils n’ont que quelques mois pour analyser un territoire. Les habitants, eux, vivent ici toute l’année. Ils connaissent les usages, les contraintes climatiques, les fragilités économiques et les potentiels inexploités. Cette connaissance d’usage est une richesse qui doit être mobilisée.
Si ce document peut encore être utile aujourd’hui, ce n’est pas parce qu’il aurait été appliqué ou débattu, mais précisément parce qu’il ne l’a jamais été. C’est pour cela qu’il mérite aujourd’hui d’être investi collectivement, comme une base de réflexion à enrichir.
À nous de nous l’approprier, de le compléter et de l’étoffer, afin qu’il puisse nourrir une réflexion partagée et réaliste sur l’avenir de Saint-Hippolyte-du-Fort.
Jeroen van der Goot mars 2026
Occitanie Développement Durable
