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La pansière et le béal de Planque.

Béals, l’enquête publique

Béals du Haut-Vidourle, un document conséquent.

L’enquête publique en cours jusqu’au 12 fmars 2026 sur les béals du Haut-Vidourle constitue un document conséquent – plus de 300 pages – technique et parfois dense, ce qui explique que peu de personnes aient probablement eu l’occasion de l’examiner dans son ensemble.

Les moulins hydrauliques faisant partie de mes recherches depuis plusieurs années, j’ai pris le temps de parcourir attentivement ce dossier. J’ai également repris contact avec plusieurs propriétaires que j’avais rencontrés précédemment afin de croiser les regards et, si possible, favoriser un dialogue entre eux. Il ne s’agit évidemment pas de parler à la place de qui que ce soit, mais de contribuer à une meilleure compréhension des enjeux.

Le dossier présenté par l’EPTB Vidourle ne constitue ni un bouleversement ni une remise en cause générale. Il s’agit plutôt d’une première tentative visant à couvrir un large éventail de sujets : état des béals en service, fonctionnement hydraulique, biodiversité, travaux nécessaires, organisation juridique. En somme, une base de travail appelée à être complétée et enrichie.

La Déclaration d’Intérêt Général (DIG) envisagée porte sur une durée de cinq ans. Ce point mérite d’être souligné : il ne s’agit pas d’un dispositif figé, mais d’une étape dans un processus plus long. D’autres phases et d’autres enquêtes publiques interviendront par la suite.

Parmi les éléments qui ont suscité des réactions figure l’absence du canal de l’Agal dans la liste des béals retenus par l’enquête. La raison avancée est simple : la prise d’eau étant aujourd’hui obturée, l’ouvrage n’est plus considéré comme un béal en service. Cette situation n’empêche pas qu’une réflexion puisse être engagée ultérieurement. Le périmètre de l’enquête actuelle concerne en effet les ouvrages encore actifs.

Le sujet reste néanmoins sensible dans la vie locale. Une grande partie de la campagne pour les élections municipales se déroule aujourd’hui sur les réseaux sociaux, où les questions liées au patrimoine et à l’environnement sont régulièrement abordées.

C’est dans ce contexte que l’équipe conduite par Hélène Meunier, tête de la liste Oser Saint-Hippolyte-du-Fort autrement, a publié un message appelant à la mobilisation afin de demander la reconnaissance du canal de l’Agal et son intégration dans le plan d’aménagement des béals. Le texte souligne notamment l’importance historique de ce canal, qui a alimenté pendant plusieurs siècles les tanneries, les moulins et les jardins avant d’irriguer les terres de la plaine de Mandiargues.

La question de l’Agal soulève toutefois plusieurs difficultés concrètes. On peut en effet difficilement considérer comme un béal un canal qui n’est plus en service et dont une grande partie du tracé intramuros a été recouverte. La section du canal ayant été fortement réduite lors de cette couverture, il paraît également complexe d’imaginer un projet de remise en valeur compatible avec l’usage actuel de la rue de l’Agal.

S’ajoutent à cela des contraintes liées aux réseaux : l’écoulement des eaux usées du centre-bourg doit rejoindre la station de traitement du Tapis Vert selon un tracé perpendiculaire à celui de l’ancien canal, ce qui complique toute hypothèse de réutilisation.

Sans même évoquer la démultiplication des réseaux que la présence du canal entraînerait, ni la difficulté d’accès aux écoulements des eaux vannes, lesquelles, d’après les coupes du projet de couverture, longent l’Agal en sous-face.

Se pose enfin la question du financement. Dans un contexte où la commune doit déjà faire face à plusieurs priorités – eau potable, renouvellement du patrimoine arboré, entretien des infrastructures – il paraît difficile d’imaginer que la remise en fonctionnement de l’Agal puisse être considérée comme un projet prioritaire à court terme. On peut d’ailleurs rappeler que la réfection de la rue de l’Agal figurait parmi les promesses électorales de la municipalité sortante, sans qu’aucune action concrète n’ait été engagée à ce jour.

Ces constats n’empêchent pas de ressentir un certain attachement à cet élément du patrimoine cigalois. Si un projet réaliste et techniquement fondé devait voir le jour, il mériterait naturellement d’être étudié. Quel que soit le projet envisagé, une question devra toutefois être clarifiée : celle des ayants-droits à l’Agal. Le projet de couverture du canal réalisé en 1929 fait apparaître très précisément cent noms entre la prise sur le Vidourle et le moulin de Croye.

Cette réalité historique rappelle que l’Agal n’a jamais été un simple ouvrage public, mais un réseau d’usages et de droits individuels. Si une réflexion devait être engagée sur son avenir, il serait donc sans doute nécessaire de régler clairement cette question, restée en suspens depuis près d’un siècle.

L’enquête publique rappelle également que les béals ne sont pas seulement une question technique ou administrative. Ils font partie d’un patrimoine matériel auquel de nombreux habitants restent attachés : béals, moulins, pansières- parfois appelées « cascades »- bassins en amont ou encore gourgues. Ce patrimoine hydraulique façonne le paysage et participe à l’identité locale.

Dans les vallées cévenoles, ces aménagements anciens témoignent d’un savoir-faire hydraulique patient, construit au fil des siècles.

Il convient également de rappeler le rôle des Établissements Publics Territoriaux de Bassin (EPTB). Autrefois, la gestion des cours d’eau reposait directement sur les usages économiques locaux. L’entretien allait de soi parce qu’il conditionnait la survie d’activités. Aujourd’hui, ces usages ont largement disparu et la gestion des rivières s’est complexifiée. Les EPTB ont été créés pour coordonner cette gestion à l’échelle d’un bassin versant.

Certaines interrogations subsistent, notamment sur la mesure des débits ou sur la définition des « consommations normales ». Ces questions sont légitimes et peuvent être formulées dans le cadre même de l’enquête publique.

La biodiversité constitue également un volet important du dossier. L’étude proposée ne prétend pas être exhaustive, mais elle offre une première trame que les observations locales pourront utilement compléter.

Dans les années à venir, la question des pansières devra également être abordée. Leur entretien, leur adaptation ou leur maintien soulèveront des débats techniques, financiers et écologiques. Le Vidourle traverse entièrement un même département, ce qui offre une occasion rare de réfléchir à la gestion d’un bassin versant de manière cohérente.

Dans le contexte des élections municipales, il est intéressant de constater que les deux équipes candidates s’intéressent à ces sujets. Stephan Berto, tête de la liste Saint-Hippolyte-du-Fort, Ensemble pour demain, était notamment présent lors d’une réunion entre l’EPTB Vidourle et des propriétaires d’installations hydrauliques cigaloises.

Cette convergence d’intérêt montre que les questions liées à l’eau dépassent largement les clivages politiques. Ce constat est en soi encourageant pour l’avenir de ces aménagements.

Il faut enfin rappeler que cette enquête n’est qu’une étape dans un processus appelé à évoluer. Rien n’est figé. Plus les habitants s’approprieront ces questions – biodiversité, fontaines, réseaux, histoire minière, usages agricoles ou état des ouvrages – plus les décisions futures pourront s’appuyer sur une connaissance fine du territoire.

L’eau est un trait d’union. Elle relie les enjeux patrimoniaux, écologiques et pratiques. Dans un territoire comme le nôtre, elle constitue depuis toujours l’un des fils conducteurs de l’histoire locale.

Le dossier n’est sans doute pas parfait. Mais il existe. À nous désormais de le faire vivre.

Jeroen van der Goot  mars 2026

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