Comprendre le choix qui s’annonce.
Très prochainement, la question de la gestion de l’eau potable va se poser à nouveau à Saint-Hippolyte-du-Fort : faut-il poursuivre une gestion déléguée, ou envisager une autre organisation, comme la régie publique ?
Cette échéance m’était inconnue jusqu’à récemment, car la gestion de l’eau repose sur des contrats conclus pour une durée limitée, qui arrivent à terme et doivent alors être renouvelés, renégociés ou repensés. C’est presque par hasard que j’ai appris que ce moment de décision était désormais proche.
Avant même de se prononcer, encore faut-il comprendre clairement la situation actuelle et les options réellement envisageables. Aujourd’hui, la gestion de l’eau potable n’est pas assurée directement par la municipalité : elle est confiée à VEOLIA, dont le nom figure sur nos factures d’eau. Beaucoup d’habitants se souviennent également du nom Ruas, qui apparaissait auparavant.
Le fait que les deux noms soient aujourd’hui associés laisse penser que VEOLIA a pris le relais d’une activité précédemment assurée par RUAS, possiblement dans le cadre d’un rachat, d’une intégration ou d’un partenariat.
Quelle qu’en soit la forme exacte, une chose est claire : la gestion de l’eau potable relève depuis longtemps d’un mode délégué, confié à des entreprises spécialisées, et non d’une régie municipale.
Le choix qui se profile ne consiste donc pas à revenir à une situation antérieure, ni à remplacer un prestataire par un autre à l’identique. L’alternative à la délégation serait, en pratique, de créer de toute pièce une structure municipale capable d’assurer l’ensemble des missions liées à l’eau potable : exploitation du réseau, maintenance, surveillance sanitaire, astreintes, relation avec les services de l’État, gestion des investissements et réponse aux incidents.
Compte tenu de la technicité croissante du sujet, des exigences réglementaires et des moyens humains nécessaires, une telle option apparaît peu réaliste au regard des compétences et des ressources internes dont dispose aujourd’hui la municipalité.
Reconnaître que la délégation est nécessaire ne signifie toutefois pas accepter un fonctionnement insuffisamment explicité.
En tant qu’habitant, je ne remets pas en cause le principe même de confier l’exploitation du service à un acteur comme VEOLIA, précisément parce qu’il dispose des compétences et des moyens que la commune ne peut raisonnablement internaliser.
Ce que je questionne, en revanche, c’est la manière dont cette délégation est accompagnée en termes d’information, de suivi et de communication à destination des élus et des habitants. Dans sa forme actuelle, la gestion déléguée laisse trop de zones non documentées du point de vue des habitants.
Non pas parce que les choses seraient volontairement dissimulées, mais parce qu’elles ne sont ni suffisamment expliquées, ni mises en perspective dans la durée.
L’eau potable n’est pas un service anodin : elle touche à la santé publique, à la préservation de la ressource, à l’aménagement du territoire et à la capacité de la commune à faire face aux périodes de sécheresse ou aux incidents ponctuels.
À ce titre, il est légitime que les habitants puissent disposer d’une information régulière et compréhensible sur la stratégie mise en oeuvre, notamment en matière de recherche et de réduction des fuites, sur les objectifs fixés et sur les résultats obtenus dans le temps.
Lorsque l’on évoque les modes de gestion possibles, il est important de rappeler qu’il n’existe pas seulement une opposition binaire entre régie et délégation. Entre ces deux extrêmes existe une voie intermédiaire, souvent qualifiée de gestion mixte. Elle consiste à déléguer l’exploitation technique à un opérateur spécialisé, tout en conservant au niveau communal un rôle actif dans la définition de la stratégie, le suivi du contrat et la communication auprès des habitants.
Dans ce cadre, la commune ne prétend pas faire à la place de l’exploitant, mais elle s’assure que les actions menées, les priorités retenues et les résultats obtenus soient clairement expliqués et régulièrement partagés. Ce qui rend la gestion mixte particulièrement intéressante, c’est qu’elle responsabilise pleinement la municipalité. Elle lui redonne un véritable rôle d’interface entre l’opérateur et la population. La commune est alors en capacité de formuler des attentes claires, d’exiger des explications, de dialoguer sur les priorités et d’évaluer les résultats, tout en assumant son rôle politique.
Elle ne peut plus se contenter de réponses du type « je ne sais pas » ou « ce n’est pas de notre ressort », trop souvent entendues dès lors qu’un sujet devient technique ou relève d’un autre niveau administratif.
À cet égard, l’exemple de la régie intercommunale mise en place par la Communauté de communes du Grand Pic Saint-Loup mérite d’être replacé dans son contexte. Ce territoire bénéficie d’un atout déterminant : la proximité immédiate de Montpellier, qui offre un bassin d’emploi large, diversifié et attractif. Cette situation facilite le recrutement de personnels qualifiés, la reprise ou l’intégration d’équipes existantes, ainsi que la structuration rapide d’une organisation intercommunale capable d’assumer une régie de l’eau.
Notre territoire ne dispose pas des mêmes avantages. Plus isolé, avec un tissu économique restreint et des compétences techniques rares, il ne peut aborder ce type de projet dans les mêmes conditions. À vouloir transposer mécaniquement un modèle conçu dans un contexte périurbain dynamique, on prend le risque de créer une tension sur les ressources humaines locales, d’augmenter les coûts et, au final, de fragiliser le service rendu.
Là encore, la question n’est pas de savoir si le modèle est bon en soi, mais s’il est adapté au territoire, à ses réalités et à ses capacités.
Il faut néanmoins être honnête et regarder la situation telle qu’elle est. Le fait que l’on retrouve le nom RUAS à plusieurs niveaux peut légitimement faire sourciller, non pas par soupçon d’irrégularité, mais parce qu’il révèle une forte concentration des compétences disponibles dans un territoire isolé où, par définition, les entreprises sont rares et généralement de petite taille. RUAS constitue à cet égard une exception notable, avec un savoir-faire ancien, transmis de père en fils depuis 1929, comme l’entreprise elle-même le revendique.
Aujourd’hui, la gestion de l’eau potable est assurée par VEOLIA. Il m’a semblé constater, à un moment donné, notamment à travers les mentions figurant sur nos factures d’eau, que le nom de Ruas apparaissait également aux côtés de celui de VEOLIA, ce qui suggère une continuité des compétences et des équipes, quelle qu’en soit la forme juridique exacte.
Par ailleurs, les travaux sur les réseaux enterrés sont très régulièrement confiés à SRC, entreprise dirigée par Christophe Ruas. Ce simple constat suffit à montrer que le territoire dépend d’un nombre très restreint d’acteurs disposant du savoir-faire requis, non par choix idéologique, mais par contrainte géographique et économique.
Il faut également reconnaître que certains projets exigent des capacités financières, humaines et organisationnelles solides. D’éventuels concurrents peuvent parfaitement disposer des compétences techniques nécessaires, sans pour autant avoir les reins assez solides pour absorber des chantiers lourds, complexes ou étalés dans le temps.
Dans ce contexte, vouloir à tout prix faire travailler d’autres entreprises locales peut paradoxalement produire l’effet inverse de celui recherché. Des projets trop ambitieux ou mal calibrés peuvent mettre en difficulté des structures plus modestes, au risque de les fragiliser durablement. Autrement dit, bien faire peut parfois conduire à mal faire.
C’est ce qui rend l’ensemble du sujet particulièrement délicat. Il ne s’agit ni de protéger indéfiniment les mêmes entreprises, ni de forcer artificiellement l’émergence d’une concurrence qui n’aurait pas les moyens de tenir. L’enjeu est plutôt de créer un environnement globalement sain, dans lequel les projets sont pensés à la bonne échelle, les responsabilités clairement définies et les ambitions alignées avec les capacités réelles du territoire.
Sans cette cohérence d’ensemble, on risque de desservir tout le monde à la fois : les entreprises, la collectivité et, in fine, les habitants. Cette responsabilité est indissociable de celle que les élus ont vis-à-vis des habitants. Dans une démocratie locale, on attend naturellement des élus qu’ils fassent le « bon choix », c’est-à-dire un choix qui s’inscrirait dans le prolongement de celui que l’on ferait soi-même si l’on disposait des mêmes informations et des mêmes contraintes.
Exprimer un point de vue d’habitant n’a donc rien d’une remise en cause de leur légitimité ; c’en est le prolongement naturel. Quelle que soit l’option retenue à l’avenir, une chose demeure essentielle : la réflexion doit précéder le modèle.
Définir une stratégie réaliste, adaptée au territoire, à ses ressources humaines et à ses capacités économiques, est une condition indispensable. Sans ce travail en amont, aucun système – public, privé ou intermédiaire – ne peut fonctionner durablement, et l’on ne fait que déplacer les contraintes sans jamais les résoudre.
Plus l’expertise est externalisée, plus la clarté et la pédagogie deviennent des conditions essentielles de la confiance. Déléguer la gestion de l’eau potable à un acteur comme VEOLIA est probablement une nécessité au regard des contraintes techniques actuelles.
Mais cette délégation ne peut pleinement remplir son rôle que si elle s’accompagne d’un cadre contractuel exigeant, définissant clairement ce que la commune attend de son partenaire et ce que les habitants sont en droit de comprendre.
Avant de changer de modèle, il est peut-être temps de s’assurer que celui que nous avons est pleinement piloté, expliqué et assumé collectivement.
Jeroen van der Goot mars 2026

Effectivement l’intitulé « Ruas » figure sur mon relevé bancaire dans la rubrique prélèvements automatiques … pas trace de Véolia !