de Saint-Hippolyte du Fort et d'ailleurs
La Gazette de Croix-Haute, un quartier de St-Hippolyte du Fort
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Petit duc Scops - Laurent Carrier - 2017

Les oiseaux de Croix-Haute et ses environs II

Otus scops ou Casper, le petit fantôme.

Si le titre de l’ouvrage de Jean-Marie Pelt : L’Homme renaturé m’a autant interpellé, c’est que je me sentais en premier lieu visé, par son contraire.

Homme de la ville, mais pas trop, en plein Paris, j’étais particulièrement touché par l’exclamation de ce collègue qui nous venait tout droit de Chambéry :

« Ah, c’est bien un temps pour aller aux champignons ! »

Voilà qui me changeait de mon quotidien, alors essentiellement urbain.

Des années plus tard, je m’installe à St-Hippolyte.

Étant données les nuisances que chacun semble s’autoriser ici, je n’étais pas le moins du monde surpris devant un tapage, cette fois-ci nocturne.

Je m’habille et je sors, à la recherche du malotru.

Étant donné son signal régulier, l’affaire paraissait simple. Tot-tot-tot ! Je me dirige, ainsi, tout droit vers la Placette du Plan.

Chemin faisant, je réfléchis à la pédagogie dont il me faudra faire preuve, au moment où je prendrai l’énergumène en flagrant délit.

Mais voilà que le bruit de sonar disparait, pour aussitôt réapparaitre de l’autre côté du Plan.

« Celui-là », me dis-je, « a l’air de se jouer de moi. Mon pauvre, il t’en cuira ! »

Derechef, je rebrousse chemin, direction Rue des Treilles.

Mais voilà que notre Passe-partout invisible se fiche de moi, une fois de plus.

Ce manège se poursuivant une bonne partie de la nuit, le provocateur me couvre de ridicule.

Rien n’y fait. Épuisé, je finis par me déclarer forfait. Je retourne au lit et m’endors, les poings fermés.

Le lendemain, je relate ma mésaventure à une voisine. De mon histoire, elle rit à gorge déployée. Dans mon nouvel univers, le « plouc », c’est donc bien moi.

« Tu as fait la rencontre du Petit duc, autrement dit du Hibou scops ! »

Comme pour les cigales et les grillons, ce qui me frappe avec ce genre de volatiles, ce sont les extraordinaires performances, sonores en tout cas.

Un genre de phénomène qui a amené certaines personnes à se pencher sur des notions dites de biomimétisme. Un sujet des plus complexes et, de ce fait, des plus intéressants.

C’est en étudiant la Nature et, en particulier le martin-pêcheur, qu’ont été dessinées les contours du dernier Shinkansen – le train à grande vitesse japonais. Non seulement a-t-il ainsi gagné en vitesse mais, aussi, se déplace-t-il maintenant dans un silence relatif.

Soit dit en passant, si les lampadaires du bourg ont, un temps, été éteints pendant la nuit, c’est peut-être de mon fait.

À l’occasion des nombreuses et longues missives que j’ai adressées à la municipalité j’ai, entre autres, rappelé que St-Hippolyte jouxte une zone classée Natura 2000, dont les oiseaux ne respectent a priori pas les limites administratives.

N’ayant pas eu à disserter à propos de cette nuisance nocturne, particulièrement dévastatrice pour les oiseaux, la municipalité a aussitôt lancé un référendum portant sur l’éclairage publique.

L’enquête ayant fait l’objet d’aucun intérêt de la part des Cigalois, la municipalité a, elle-même, tranché en faveur d’une extinction totale des feux. Je n’en demandais pas temps, mais j’étais piqué à vif de voir comment nous allions faire face à un tel mode de vie.

Pour ma part, j’avais simplement suggéré une baisse d’intensité de la lumière, aux heures creuses. Je suppose donc que mon intervention est arrivée après la commande d’appareils équipés de la simple option I/O – sans variateur, donc.

Depuis, des personnes ont naturellement menacé la municipalité de poursuites, au cas où l’extinction totale se poursuivrait. Ceci a fait que les lampadaires brûlent à nouveau, tout au long de la nuit, sur le Plan en tout cas.

À voir le résultat final, j’aimerais penser que nous ayons, ensemble, finit par trouver un juste milieu. Sur le Plan, en tout cas, l’éclairage semble plutôt tamisé, au milieu de la nuit.

Par conséquent, j’en connais un qui doit bien se rire de moi. À moins qu’ils ne soient plusieurs, à se relayer avec ce tot-tot qui me rend chèvre.

Crédit photographique : Laurent Carrier – ornithologue (2017)

Pour en savoir plus sur l’importance des Dark Skies, je vous invite à faire des recherches au niveau de Dr Karolina M. Zielinska-Dabkowska, voire de lire cet article (en anglais).

Jeroen van der Goot  mars 2024

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