Zone Natura 2000.
En septembre 2025, une femelle d’aigle de Bonelli a été retrouvée morte au pied d’un poteau électrique près de Pompignan. Une autopsie a ensuite révélé qu’elle avait ingéré du raticide.
Les rapaces ne consomment pas directement ces produits : ils mangent des proies contaminées. Le poison destiné aux rats circule ainsi dans la chaîne alimentaire et peut atteindre les prédateurs situés au sommet.
L’oiseau n’était ni anonyme ni de passage. Baguée, identifiée, suivie depuis plus de vingt ans, elle était la femelle du couple installé dans le secteur depuis 2004. Autrement dit, il s’agissait de la femelle du seul couple nicheur certain identifié dans la zone Natura 2000 dans laquelle nous nous trouvons. La zone ne recouvre certes pas l’intégralité de la commune de Pompignan, mais le secteur des falaises et des garrigues où le couple évoluait en fait bien partie.
La disparition de cette femelle n’est pas anodine. L’aigle de Bonelli figure sur la Liste rouge nationale des oiseaux nicheurs et compte parmi les espèces les plus menacées en France. Sa population se limite à quelques dizaines de couples.
Dans le Gard, ils sont peu nombreux. Dans notre secteur, un seul couple nicheur certain était identifié dans ce périmètre protégé. La perte d’un adulte reproducteur constitue donc un événement préoccupant.
L’aigle de Bonelli est un rapace longévif, mais sa reproduction demeure fragile. Il produit peu de jeunes et ne réussit pas chaque année. La stabilité des adultes est essentielle au maintien du territoire. Perdre une femelle en période de ponte signifie l’échec de la saison et rompt un équilibre installé depuis plus de vingt ans.
Le Moulin d’Espaze, sur la commune de Saint-Hippolyte-du-Fort, a été mentionné comme secteur d’observation de l’espèce. Ce site se situe dans le domaine vital potentiel du couple de Pompignan. Il est donc très probable que les observations locales concernaient ce même couple territorial.
Un territoire biologique ne correspond pas aux limites administratives : un couple peut chasser bien au-delà de son aire de nidification, sans que cela signifie qu’il existe plusieurs couples distincts.
La durée de vie d’un aigle de Bonelli est généralement comprise entre vingt et vingt-cinq ans dans la nature. On ignore quel âge avaient les adultes lorsqu’ils ont été identifiés en 2004 : ils pouvaient déjà être matures depuis plusieurs années. Si le mâle est toujours présent, il s’agit donc d’un oiseau installé de longue date et potentiellement âgé. Le cycle entamé au début des années 2000 touche peut-être naturellement à son terme.
Mais un territoire ne disparaît pas avec un couple. Lorsque la reproduction aboutit, les jeunes quittent le nid et parcourent parfois de longues distances avant de s’installer ailleurs. Ils passent plusieurs années en dispersion avant de trouver un espace libre.
Si les falaises et les garrigues conservent leur qualité écologique, elles peuvent attirer de nouveaux individus issus de la dynamique régionale.
La disparition de la femelle de Pompignan marque sans doute la fin d’une histoire commencée il y a plus de vingt ans. Elle n’implique pas nécessairement la fin des aigles de Bonelli sur ce territoire.
L’avenir dépend désormais moins d’un individu que de la capacité du paysage à rester suffisamment attractif pour qu’un nouveau couple, un jour, prenne le relais.
Cliché : Jacques Dalmau
Jeroen van der Goot mars 2026
