de St-Hippolyte du Fort & du monde

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Le pont de Planque et ses abords

Le pont de Planque

... et ses abords.

En feuilletant ce dessin de Jean-Marie Amelin, représentant l’entrée depuis Cros, je l’avais d’abord écarté. Trop imprécis, trop maladroit peut-être.

La « Porte des Seuennes » y semble mal proportionnée et la tour Saint-Jean, si essentielle, n’y livre presque rien de son histoire. Seul détail parlant : un large béquet d’évacuation des eaux pluviales, surdimensionné, qui trahit un toit rapporté. À l’origine, c’était sans doute une toiture-terrasse, horizontale, bien loin du cône auquel nous pensions.

Et puis, en détournant un peu le regard vers la gauche, le dessin s’anime autrement. Là, surgit le pont en direction de Lasalle, mais dans une forme qui n’a rien à voir avec celle de notre époque.

Amelin ne montre pas un simple élargissement de l’ouvrage du XVIIe siècle, comme le rappelle Marthe Moreau dans Le Vidourle – Ses villes, ses moulins, ses ponts. Non : son tracé en dos d’âne et l’absence de tout porte-à-faux sur les rives racontent une autre histoire. Celle d’un pont sans doute reconstruit de fond en comble.

Autre indice : ce pont semble littéralement pénétrer dans le bâti qui borde le Vidourle, comme s’il l’avait précédé. On imagine alors un temps où les rives n’étaient encore qu’espaces verts, et la planche de 1693 représentant Saint-Hippolyte confirme ce décor de verdure autour du passage.

Mais un détail intrigue : la porte nord originelle, dont il subsiste pourtant une tour du XVIIe siècle – voire plus ancienne encore – n’apparaît pas. Faut-il y voir le signe d’un projet de remaniement urbain, d’un choix volontaire d’effacer certaines traces ?

Ce dessin a surtout le mérite de suggérer ce que l’on peine à percevoir aujourd’hui : une véritable porte d’entrée au village.

Côté nord, la silhouette esquissée laisse deviner un encadrement, presque comme une entrée fortifiée. Sur le terrain, cette impression se confirme.

Le bâti à l’est du passage a été visiblement tronqué afin de permettre l’élargissement du pont ; son dernier étage, devenu inaccessible, communique désormais avec la maison voisine par un escalier bancal qui a fini par obstruer le couloir.

Et ce n’est pas tout. À travers ces indices, le dessin semble éclairer aussi le réseau d’adduction de l’eau des fontaines. Je doute fortement que les canalisations alimentant la ville basse et la concession Bousquet aient contourné la tour Saint-Jean.

Plus logique est l’idée d’un passage sous la tour, garantissant une pression intacte. L’eau rejoignait alors la petite gaine verticale accolée au quai, retrouvant le niveau initial des sources captées au château, en amont.

Grâce au principe des vases communicants, elle pouvait remonter pour alimenter le cœur du réseau. De là, elle gagnait le réservoir de la fontaine de Bout-de-ville, suivant le souterrain qui glisse discrètement sous les maisons, entre la tour Saint-Jean et la porte de l’Abreuvoir originelle.

Crédits : Jean-Marie Amelin (1785-1858)
Lieu de conservation : BnF – Gallica – Site Montpellier métropole

Jeroen van der Goot  juin 2026

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