Préparer demain, ensemble.
Il suffit parfois de quelques mètres carrés de végétation pour transformer l’ambiance d’une rue. Une façade ancienne en pierre, quelques arbustes, des plantes basses, un jeune arbre et une modeste clôture en bois.
Rien d’extraordinaire, me direz-vous. Pourtant, en découvrant récemment ce petit aménagement, je me suis arrêté pour le contempler. Au point de sortir mon appareil photo.
Il y a dans ces petits jardins quelque chose qui me touche profondément. Une simplicité, une douceur, une harmonie qui viennent caresser notre âme et, peut-être, éveiller notre conscience.
À force de vouloir tout mesurer, tout justifier et tout rentabiliser, ne risquons-nous pas d’oublier ce que nous disent simplement nos sens ? Le plaisir d’une rue ombragée, le parfum d’une plante, la fraîcheur d’un feuillage, le chant des oiseaux ou la beauté de quelques fleurs devant une vieille façade ne se résument pas à des chiffres.
Bien sûr, la végétation contribue à la biodiversité, à la protection solaire et à notre confort climatique. Mais le simple bonheur qu’elle nous procure ne mérite-t-il pas, lui aussi, une place dans nos réflexions sur l’avenir de nos villages ?
Car, au-delà de l’émotion que peuvent susciter ces petits aménagements, une question se pose : comment souhaitons-nous voir évoluer notre cadre de vie dans les décennies à venir ?
- PLANTER POUR DEMAIN
Quelques semaines auparavant, en rentrant de Sète, j’avais fait un petit détour par Montpeyroux, dans l’Hérault. Je souhaitais surtout découvrir son fameux château. Mais, en parcourant brièvement le village, j’avais également remarqué quelques plantations qui m’avaient donné envie d’en savoir davantage.
De retour chez moi, mes recherches m’ont conduit vers une initiative intéressante. Depuis 2019, le Département de l’Hérault propose aux communes de participer à une opération baptisée « 8 000 arbres par an ». Le principe est simple : le Département fournit gratuitement les arbres, les communes se chargent de leur plantation et de leur entretien.
Montpeyroux, qui comptait environ 1 450 habitants en 2023, a saisi cette occasion. En 2020, la commune annonçait la plantation de 50 arbres. En 2021, elle en recevait 95 autres. Puis, en janvier 2023, elle faisait état de 92 nouvelles plantations. Soit 237 arbres annoncés au fil de ces campagnes. Une nouvelle dotation de 50 arbres a également été approuvée pour 2024. Le bilan exact des plantations effectivement réalisées reste toutefois à confirmer.
Les essences sont variées : micocouliers, tilleuls, mûriers blancs, arbres de Judée, érables, tamaris, chênes verts, oliviers et arbres fruitiers. Les plantations concernent notamment les parkings, les abords des écoles, les équipements publics et différents espaces du village.
Pour une commune de cette taille, l’effort mérite qu’on s’y intéresse. Car planter des arbres, ce n’est pas seulement embellir un village ou favoriser la biodiversité. C’est aussi préparer la protection solaire dont nous aurons de plus en plus besoin.
Lors des fortes chaleurs estivales, les surfaces minérales exposées au soleil peuvent atteindre des températures considérables. L’ombre des arbres peut abaisser leur température de surface d’une dizaine de degrés, parfois davantage selon les conditions. Elle protège également les façades, limite l’accumulation de chaleur et améliore sensiblement le confort des habitants.
Mais cette protection ne s’improvise pas. Un arbre planté aujourd’hui mettra de nombreuses années à développer une couronne suffisamment importante pour ombrager une rue ou une place. Il faut donc anticiper le renouvellement du patrimoine arboré, diversifier les essences et rechercher dès maintenant les emplacements où l’ombre deviendra indispensable.
Plus nous attendrons, plus il sera difficile de rattraper le temps perdu. Une première étape pourrait consister à élaborer une charte de l’arbre et des végétaux, définissant les principes de préservation, de renouvellement et de développement du patrimoine végétal. Pourquoi ne pas engager cette réflexion à plusieurs communes ?
Celles qui partagent des conditions climatiques et des contraintes comparables pourraient mutualiser leurs connaissances, leurs compétences et une partie des coûts, tout en conservant la liberté d’adapter leurs projets à leurs particularités.
Encore faudrait-il que cette charte ne reste pas un document de bonnes intentions. Elle pourrait servir de base à un inventaire du patrimoine existant, à la définition des priorités et à un programme pluriannuel de plantations, d’entretien et de renouvellement. Une manière d’inscrire ces orientations dans la durée, au-delà des échéances municipales.
- FAIRE CAUSE COMMUNE
Mes recherches sur Montpeyroux m’ont réservé une autre surprise. En 2019, un projet de débroussaillement réunissait des représentants de l’État, de l’Office national des forêts, de la Chambre d’agriculture, des gestionnaires Natura 2000, un éleveur et des chasseurs. L’objectif était de maintenir des milieux ouverts, de favoriser le pastoralisme, de préserver la biodiversité et de contribuer à la prévention des incendies.
Et cette fois, il ne s’agissait pas seulement d’un projet resté dans les cartons. Portée par un syndicat intercommunal de chasseurs, l’opération a donné lieu à des travaux engagés en janvier 2021, poursuivis par des entretiens jusqu’en décembre 2023, puis réceptionnés en janvier 2024. Le contrat concernait 4,8 hectares, dont 1,9 hectare de travaux de réouverture, pour un coût estimé à 9 900 euros.
J’ai trouvé particulièrement encourageant de découvrir cette coopération entre des acteurs dont les sensibilités et les intérêts ne coïncident pas nécessairement.
Après tout, pourquoi faudrait-il être d’accord sur tout pour travailler ensemble sur quelques sujets essentiels ?
Cette découverte m’a rappelé les recherches que je mène depuis trois ans autour des fontaines de Saint-Hippolyte-du-Fort. Elles m’ont permis de rencontrer des personnes d’horizons très différents, qui ne partagent certainement pas toutes les mêmes convictions.
Pourtant, lorsqu’il s’agit de préserver ce patrimoine et de mieux comprendre notre rapport à l’eau, chacun peut apporter ses connaissances, ses souvenirs ou ses compétences. Et les échanges deviennent particulièrement enrichissants. Peut-être gagnerions-nous à rechercher davantage ces sujets qui nous rassemblent.
- DES PARTENAIRES À MOBILISER
Le Département du Gard propose lui aussi, depuis de nombreuses années, une aide à la végétalisation des espaces publics. En 2024, il a ainsi distribué quelque 25 000 végétaux aux collectivités, dont 2 400 plants d’origine locale. Son dispositif diffère de celui de l’Hérault puisqu’il ne comprend pas les arbres, mais il permet néanmoins d’accompagner de nombreux projets de végétalisation et d’embellissement.
Le CAUE du Gard met également à la disposition des communes des outils pour faciliter la mise en place de permis de végétaliser, permettant aux habitants de participer à l’embellissement de leurs rues.
Voilà des initiatives qui mériteraient sans doute d’être mieux connues, tant des habitants que des collectivités.
Car la végétalisation ne relève pas uniquement de grands programmes municipaux. Elle peut aussi naître d’initiatives individuelles, d’associations, de riverains désireux d’embellir leur rue ou simplement de planter quelques fleurs devant leur maison.
Encore faut-il leur en donner la possibilité, et accompagner leurs initiatives plutôt que de les décourager par des démarches interminables.
- NE PAS FIGER NOS VILLAGES
Cela pose notamment la question de la manière dont nous aménageons nos espaces publics.
Nous avons beaucoup minéralisé nos rues et nos places, parfois en réalisant de vastes surfaces de béton désactivé. Ces aménagements peuvent présenter certaines qualités, mais ils ne facilitent pas toujours les transformations ultérieures.
Créer une fosse de plantation dans un trottoir récemment bétonné, c’est devoir scier, démolir, évacuer des gravats et remettre en état. Autant d’interventions qui mobilisent de l’énergie, produisent des déchets et coûtent de l’argent public.
Et ce problème dépasse largement la seule végétalisation. Sous nos trottoirs passent des réseaux qu’il faudra un jour réparer, remplacer ou compléter. Les réseaux aériens qui encombrent encore certaines façades et traversent nos rues pourraient être enfouis progressivement. Là encore, mieux vaudrait coordonner ces interventions avec les futurs travaux d’aménagement.
Il en va de même pour les équipements de collecte des déchets. L’installation de conteneurs enterrés, par exemple, demande de trouver des emplacements adaptés, compatibles avec les réseaux existants et accessibles aux véhicules de collecte. Ces équipements relèvent souvent de compétences intercommunales, ce qui rend d’autant plus indispensable une concertation entre les différents acteurs.
Pourquoi attendre qu’une rue ou une place ait été entièrement réaménagée pour découvrir qu’il faut à nouveau l’ouvrir ? La question n’est d’ailleurs pas de bannir tel ou tel matériau, mais de réfléchir à la facilité d’entretien, de réparation et d’évolution de nos aménagements.
- ANTICIPER PLUTÔT QUE RÉPARER
Sans oublier la question essentielle des eaux pluviales.
Dans nos régions soumises aux épisodes méditerranéens, il ne suffit pas de réfléchir à l’écoulement des pluies ordinaires. Il faut aussi anticiper les ruissellements exceptionnels, comprendre les cheminements de l’eau et éviter, autant que possible, d’aggraver les situations existantes.
Les épisodes de fortes pluies donnent régulièrement lieu à une multitude de photographies, de vidéos et de commentaires. Ces témoignages sont précieux. Encore faudrait-il en tirer les enseignements nécessaires pour préparer les aménagements futurs.
Tout cela devrait nous inviter à considérer chaque projet de réaménagement comme une occasion de réfléchir à plusieurs décennies.
Quels arbres souhaitons-nous voir grandir dans nos rues ? Comment protéger les façades et les sols du soleil ? Quels espaces pourraient retrouver un peu de pleine terre ? Comment faciliter l’entretien des réseaux ? Comment mieux maîtriser les eaux pluviales ? Quels équipements faudra-t-il installer demain ? Et comment éviter de devoir démolir ce que nous venons à peine de construire ?
Ces questions ne sont pas seulement techniques ou environnementales. Elles concernent aussi les finances publiques et la responsabilité que nous avons envers les générations futures.
- CONSTRUIRE ENSEMBLE
Nous avons tous hérité d’un territoire façonné par ceux qui nous ont précédés. À notre tour, nous prenons des décisions qui détermineront une partie du cadre de vie de ceux qui nous succéderont.
Mais il ne suffit pas d’en parler, ni même de multiplier les bonnes intentions. Chaque projet de réaménagement pourrait être l’occasion de réunir les habitants, les élus, les techniciens et les partenaires concernés pour réfléchir ensemble aux besoins d’aujourd’hui et à ceux de demain.
Il ne s’agit pas de demander à chacun de devenir spécialiste des réseaux, des arbres ou de l’hydraulique. Il s’agit simplement de permettre aux habitants de partager leur connaissance des lieux, leurs attentes et leurs idées, suffisamment tôt pour qu’elles puissent contribuer à l’élaboration du projet.
Et cette réflexion ne devrait pas s’arrêter à une réunion publique ou à une consultation de principe. Elle gagnerait à déboucher sur de véritables projets, avec des priorités clairement définies, des partenaires identifiés, un calendrier et des moyens adaptés.
Car, finalement, ce n’est pas le nombre de réunions ou de beaux discours qui fera évoluer nos villages. C’est notre capacité à transformer ces échanges en réalisations réfléchies, partagées et durables.
Et si nous commencions par là ?
Jeroen van der Goot octobre 2026
Sources principales :
- Montpeyroux — 50 arbres plantés (2020)
- Montpeyroux — Les arbres du Département (2021)
- Montpeyroux — Plantation de 92 arbres (2023)
- Montpeyroux — Bulletin municipal n° 157 (2024)
- Natura 2000 — Bilan du partenariat avec les chasseurs (2024)
- Département de l’Hérault — 8 000 arbres par an
- Département du Gard — Les végétaux pour les communes
- CAUE du Gard — Dossier sur les permis de végétaliser
