de Saint-Hippolyte du Fort et d'ailleurs
Le quartier de Croix-Haute
St-Hippolyte structure urbaine originelle (hypothèse)

Les mystères de l’Agal VI

L’Agal, les moulins et la ville

On reste un peu sur sa faim en constatant que les premiers plans de notre ville ne remontent qu’à la fin du 17ème siècle. La cartographie française n’ayant commencé à se généraliser qu’au 18ème siècle, il faut toutefois réaliser que St-Hippolyte est une des toute premières bourgades françaises à avoir été dessinée en plan.

Pour imaginer les prémices de notre ville, on ne peut donc qu’émettre des hypothèses, les juxtaposer et tenter d’identifier des traces les confirmant.

Le blé et le seigle ont très certainement joué un rôle prépondérant dans l’histoire de St-Hippolyte. D’une part le terrain se prête à ce type de cultures. D’autre part il y a ici un nombre impressionnant de moulins qui ont produit de la farine. Enfin, étant donné que le terme occitan renvoie au seigle, on peut penser qu’il y ait un lien étymologique entre cigalois et segala.

Au titre des moulins, c’est certainement celui de Planque qui explique que la structure maîtresse de la ville n’hésite pas à grimper dans les côteaux. Des premiers moulins produisant du blé, c’était en tout cas celui qui bénéficiait du réseau d’adduction d’eau le plus fiable. Il est donc tentant de désigner le Moulin de Planque comme étant le point de focale de l’axe structurant de la ville.

Á l’autre extrémité de l’axe structurant on a, bien sûr, l’important nœud routier que constitue Croisaud (aujourd’hui Croix-Haute). Comme le laisse entendre le nom originel de l’endroit, se croisent là la voie reliant Montpellier à l’Auvergne et passant par St-Hippolyte, et celle raccordant Nîmes au Pays Ruthènes.

Le long de cette ligne, on distingue essentiellement 2 articulations :

  • D’une part, la portion de planas au cœur de la cuvette formée par le relief, d’où le beffroi de la ville est visible du plus grand nombre. Avant la construction d’un pont vers la route d’Alès, c’est aussi là que se faisait la traversée du Vidourle. Du fait d’une ingénieuse composition associant les systèmes d’adduction et de rejet d’eau du Moulin de Planque, dudit Agal et du Moulin de Mirial, le lit du Vidourle y était quasiment à sec. D’où la surprenante appellation Ruisseau du Vidourle pour cette portion du fleuve. Ceci explique aussi l’allusion faite aux bœufs aidant à la traversée du Vidourle, par André Peyriat (1).
  •  D’autre part, on a la complexe articulation que nous avons étudiée à l’occasion de la recherche du temple perdu

Cette dernière a d’intéressant qu’elle nous renseigne au-delà du fait que le bourg s’est niché dans le pli entre le relief et la plaine. Effectivement, la chaussée (2) qui y court dans le lit de l’Argentesse semble indiquer qu’il y ait eu là, très tôt, un guet menant directement de Croix-Haute au Pradet (3).

Le fait de voir déboucher l’actuel Boulevard du Temple en bordure de l’Argentesse laisse penser que ledit Agal en ait, un temps, fait de même. Ce que devra confirmer un relevé des altimétries du Pradet.

Si cette supposition se confirme, cela voudrait dire que l’Agal a potentiellement été détourné de son cours initial afin d’alimenter les douves du fort et les moulins situés en aval. Ce que la datation des moulins devra à son tour confirmer.

Ledit Agal est depuis longtemps un vague souvenir. Ce qui fait qu’on a fini par estimer qu’il n’y en a toujours eu qu’un seul. Mais on peut aussi imaginer qu’il y ait eu tout un réseau de canaux, irriguant l’ensemble du Pradet. A ce titre, on se rappellera qu’agal signifie canal, en Occitan.

Cette hypothèse expliquerait aussi l’existence de la Tine (4) qui semble apparaitre sur au moins un des plans de la fin du 17ème siècle, indépendamment d’un moulin. La Tine pourrait donc constituer un bassin de redistribution de l’eau vers les canaux principaux, avant de devenir la resclave (5) quelque peu surdimensionnée du Moulin de Croye.

On comprend dès lors combien les canaux et les moulins ont défini la structure urbaine de St-Hippolyte.

La sensible répercussion de la courbe dudit Agal, au niveau du tracé de l’actuelle Rue de l’Amiral Sap, semble même indiquer que le réseau d’irrigation pourrait être antérieur à l’établissement de la ville.

Jeroen van der Goot janvier 2024

  1. André Peyriat – Histoire de St-Hippolyte-du-Fort (1939)
  2. Chaussée : construction qui a pour rôle de canaliser l’eau vers la prise d’eau d’un canal d’irrigation ou d’un moulin. Du fait de son émergence, elle permet aussi la traversée des cours d’eau.
  3. Pradet : mot vernaculaire renvoyant à des parcelles cultivées.
  4. Tine : du latin tina, désigne notamment une cuve.
  5. Resclave : réserve d’eau, située au pied d’un moulin à eau, permettant d’obtenir une meilleure force motrice.
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