de Saint-Hippolyte du Fort et d'ailleurs
Le quartier de Croix-Haute
Le Centre névralgique

La cité aux 40 fontaines III

Comprendre nos fontaines

A voir les fontaines cigaloises tomber en désuétude, on aimerait savoir s’il est envisageable, voire pertinent, de les réhabiliter ?

A quel degré l’eau des sources qui les alimentent – voire les alimentaient, est aussi bonne qu’on aimerait le penser ; dans quelles mesures, enfin, les décrets préfectoraux en matière de restriction d’eau se justifient. Effectivement, l’eau ne contribue pas qu’à l’Homme mais au Vivant dans son ensemble. L’eau alimente par ailleurs le cycle éponyme. Un bien vaste sujet qui pose aussi la question des priorités qu’il nous convient d’avoir.

Jean Conduzorgues (1898-1972) est issu d’une longue lignée cigaloise du côté de sa mère. Dans sa thèse de 1926, il consacre deux chapitres aux fontaines (1) de Saint-Hippolyte du Fort. L’étude aborde aussi la question de la qualité de l’eau des sources alors exploitées.

Les éléments fournis dans ce document important constituent une base pour comprendre au moins l’arborescence des réseaux d’adduction. Ils donnent par ailleurs une indication quant à nos chances et l’intérêt de réhabiliter en profondeur nos fontaines.

Comme le rappelle Conduzorgues, abstraction faite des sources du Puech de Mar (2) il y a, dans le bourg et au niveau de ses abords, deux réseaux distincts de fontaines (1) : le réseau de la ville basse et celui de la ville haute. Du fait de l’altimétrie de la première source exploitée – la Source du Vidourle (3) – il a fallu en trouver une seconde, pour aussi doter la ville haute de fontaines (1). C’est chose faite en 1768, date à laquelle la commune rachète 4 sources situées à proximité du Mas d’Icard (4).

Dans sa thèse, Conduzorgues décrit sommairement la composition de chacun des réseaux d’adduction. L’illustration ci-contre en offre un premier résumé.

Pour l’analyse de la qualité d’eau, Conduzorgues a procédé à deux campagnes de prélèvements. Etant donné l’écart préoccupant constaté entre les résultats obtenus aux sources et aux fontaines, après la première campagne, il émet des préconisations à l’attention de la municipalité. La mairie se montrant réceptive au sujet, quelques travaux sont faits. Ceux-ci ont essentiellement porté sur l’adduction des eaux entre le Mas d’Icard et le faubourg de Planque, dont les cannonades (5), bouchées par le calcaire, laissaient finalement place à une simple rigole à ciel ouvert. Ceci avait notamment pour effet que, par temps de pluie, l’eau des fontaines de la ville haute coulait trouble.

La plupart des canalisations étant, au moins partiellement, en très mauvais état et bouchées par le calcaire voire des racines, on en a aussi curé, voire remplacé certaines d’entre elles.

A l’issue de cette réhabilitation, jugée discutable voire insuffisante, une seconde série de mesures a été faite, avec des résultats néanmoins meilleurs.

A lire les différentes réflexions de Jean Conduzorgues, on retient surtout deux aspects :

D’une manière générale, les canalisations en poterie (5) ne sont pas étanches. Ce qui fait qu’elles sont exposées aux eaux de ruissellement et aux fuites des égouts évacuant les eaux ménagères – eux aussi réputés poreux.

D’autre part, les captages au droit d’une Source du Mas d’Icard (4) ne sont pas assez profonds et ne sont pas protégés. Ceci ayant pour conséquence l’apport notamment de tufs mais aussi de microbes pathogènes.

Les progrès faits en matière d’analyse bactériologique font certainement que le sujet s’est beaucoup affiné depuis 1926. Il est cependant intéressant de noter ce que Jean Conduzorgues a constaté.

Fontaines ville basse

40 fois plus de colibacilles à la Fontaine de Griffon (6) qu’au réservoir de Villaret, situé 2 rue Cap-de-Ville – soit seulement 140 mètres en amont. (4 000 colibacilles par litre, contre 100). Ce qui n’est pas étonnant quand on sait que, du fait du relief qui y est en cuvette, la canalisation emprunte le même trajet que bon nombre d’égouts, voire en croise.

Avis donc à ceux qui pensent puiser une eau saine au droit d’une Fontaine de Planas (7).

Fontaines ville haute

Au moins 400 fois plus de colibacilles aux fontaines qu’à la source. (20 000 par litre, contre 40-50 à la source dans la caverne au Mas d’Icard).

Source du Vidourle (3) (ville basse)

A l’analyse chimique, « on observe rigoureusement la même quantité de nitrate, à peu près la même quantité de chlorure, la même absence totale de phosphate, les mêmes proportions de sulfate (4,7 mg) » que dans le Vidourle lui-même, en amont de La Source.

Cependant, « en été, [on constate] plus de matières organiques à la source qu’à la rivière » – environ trois fois plus. (3,2 mg à la source, contre 1 mg au Vidourle).

« L’analyse bactériologique nous révèle une eau polluée quoique moitié moins polluée que celle du Vidourle lui-même. »

Source du Mas d’Icard (4) (ville haute)

« La source est bonne », et « les eaux […] pourraient devenir très satisfaisantes. »

  1. Conduzorgues distingue deux catégories de fontaines, celles à jet continu et celle à jet discontinu – les bornes-fontaines.
  2. Les sources du Puech de Mar se sont taries pour certaines.
  3. La Source du Vidourle est aussi appelée La Source ou encore la Source de la route de Cros. Elle alimente les fontaines de la ville basse et, à terme, la plupart des faubourgs.
  4. Ladite Source du Mas d’Icard regroupe donc en réalité 4 sources, d’une même eau, alimentant les fontaines de la ville haute.
  5. Cannonade : canalisation composée de modules en poterie, enquillés les uns dans les autres.
  6. La Fontaine de Griffon est située devant la mairie. D’après Conduzorgues, elle a été réalisée en 1694. Il est toutefois possible qu’elle l’ait été dès 1614.
  7. La Fontaine de Planas tient probablement son nom du lieu-dit Las Planas – espace plat, en occitan. D’après Conduzorgues elle a été réalisé en 1790. Le fait que la fontaine soit adossée à un hôtel particulier qu’on estime être du 18ème siècle, une construction passant sous le nom d’Hôtel Conduzorgues, semble plaider en faveur de cette datation. Il en va de même pour ses lignes sophistiquées. D’après la fiche d’inscription de l’édifice au registre des monuments historiques, l’immeuble du 4 rue de l’Argenterie remonterait effectivement au 18ème siècle. A vérifier, donc, d’où provient la date remontant la fontaine à 1700.

A cette adresse, on remarque aujourd’hui les traces, sur la façade, rappelant qu’il y a eu là une pharmacie encore récemment.

(A suivre)

Jeroen van der Goot décembre 2023

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