de Saint-Hippolyte du Fort et d'ailleurs
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Grotte de Manda Guéli (Tchad)

Tour de Babel – V

Bab el Oued.

Tout ce qui nous entoure, raconte une histoire, parfois vieille comme le Monde. La danse des strates géologiques traduit la violence de quelques-uns des mécanismes à l’œuvre. Les fossiles en altitude aussi.

À l’échelle des générations actuellement vivantes, nous avons pu en percevoir la puissance, sous forme d’éruptions volcaniques, tremblements de terre et autres raz-de-marée. Face à ces forces, nous ne sommes que peu de choses.

On comprend dès lors que des initiatives, telles qu’aujourd’hui portées par les grands noms de la technologie, sont tout à la fois prétentieuses et dangereuses.

Nous avons beau avoir identifié la dérive des continents, au niveau des populations, qu’elles soient végétales ou animales, nous ne décrochons pas de nos certitudes quant à ce qui est bien et mal, autochtone ou pas, ou encore fini et infini.

Malgré toute notre technologie et, peut-être du fait de la géométrie de notre planète, nous ne percevons pas la limite des choses et leurs interactions.

Vers 1990, Bosch a lancé un projet de système de navigation à l’échelle planétaire. Nous n’y croyions pas. Pourtant, chacun de nous a aujourd’hui la possibilité d’installer un tel GPS sur son smartphone.

Vingt ans plus tôt, Thor Heyerdahl (1) (1914-2002) avait déjà constaté la finité de ce qui nous apparait, aujourd’hui encore, comme infini. À l’occasion de sa traversée de l’Atlantique de 1970, il mettait en exergue la dimension écologique de l’expansion humaine.

Au cours de l’expédition Ra II (2), l’équipage a procédé à des prélèvements quotidiens d’eau de mer. Sur les 57 jours de traversée, 43 ont fait apparaitre des traces de résidus pétroliers.

Depuis, on trouve aussi, au droit des gyres, de véritables continents de plastique en mer.

Sur un tout autre registre et bien loin de tout a priori, Pierre Benoît a situé son Atlantide dans le Sahara. C’est un peu l’histoire de Dune (3) avant l’heure, la dimension technologique en moins.

Si nous nous attardons un peu dans ce désert, de l’Algérie au Tchad, en passant par la Libye et l’Arabie Saoudite, nous découvrons d’étonnantes peintures rupestres remontant à la préhistoire. Celles-ci faisant apparaitre des animaux et de la végétation, nous comprenons que cette région a un temps connu une période humide.

Quand on se plonge dans la paléoclimatologie, on comprend qu’il n’est pas simplement question de déforestation mais, aussi et peut-être surtout, de mécanismes astronomiques complexes.

Du fait de ce que nous voyons en Méso-Amérique aujourd’hui, nous estimons que la Nature, telle que nous aimerions qu’elle soit, finit par reprendre ses droits. Les recherches d’un Peter Douglas (4) montrent cependant que, malgré les siècles qui se sont écoulés depuis l’extraordinaire déforestation maya, les mécanismes aux pieds des arbres ne se sont toujours pas remis.

Nous considérons aujourd’hui, avec un mépris certain, des éléments qui pourraient constituer autant de points de bascule. Pour comprendre que leurs interactions pourraient mettre des millions, voire des milliards, d’années à se regénérer, toute la technologie ne suffit pas. De ce fait, nous n’avons pas d’autre alternative aujourd’hui que d’interroger notre conscience, suivre notre intuition et nous fier à nos instincts.

  1. Anthropologue dont on se souvient du fait de l’expédition du Kon-Tiki vers l’île de Pâques.
  2. Nom renvoyant à la barque solaire dans la mythologie égyptienne. Ra est également une racine qu’on retrouve au niveau du radeau de Noé voire de Zarathoustra.
  3. Roman de science-fiction de l’écrivain Frank Herbert.
  4. Professeur assistant à l’université McGill, à Montréal.

Nota :

L’illustration correspond non pas à Bab el Oued mais à la grotte de Manda Guéli, au Tchad. Y figurent des représentations conservées de la période cameline ; c’est-à-dire quelques siècles avant notre ère.

Quant à lui, le titre renvoie à la notion de porte (bab) et, en l’occurrence, d’eau. Une racine qu’on retrouve dans Babylone (la Porte des dieux) ainsi qu’indirectement dans le mot Bible.

Jeroen van der Goot  février 2024

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